Les touristes chinois achètent des tours Eiffel fabriquées dans leur propre pays. C’est insensé, il faut re-fabriquer à Paris*

LE LABEL “FABRIQUÉ À PARIS”, NAISSANCE.
Chaque groupe politique peut, au conseil de Paris, faire la demande d’une mission d’information et d’évaluation (MIE) sur le sujet de son choix. De même que les parlementaires peuvent mener une enquête pendant six mois avec plusieurs membres, nous constituons la seule collectivité qui ait cette possibilité. Tous les six mois, une mission est proposée par un groupe politique à tour de rôle.
Nicolas Bonnet Oulaldj a dirigé la deuxième de cette mandature, la première fut menée par le groupe socialiste au sujet du travail dominical et nocturne, on s’en souvient, ce fut le grand débat qui amena (contre l’avis du groupe socialiste) à la création par Emmanuel Macron, alors ministre, des Zones Touristiques Internationales, dans lesquelles le travail dominical est autorisé. L’idée de départ de la MIE sur le Fabriquer à Paris était d’évaluer le contexte et d’envisager, pour le futur, des dispositifs d’aide à la production, au développement industriel et à l’emploi tout en prenant en compte les impératifs de la lutte contre la pollution, le dérèglement climatique et en œuvrant pour la transition énergétique.

ENJEUX
Nicolas Bonnet a souhaité évaluer la capacité et les conditions d’une relance de la fabrication à Paris, ou comment opérer un retour aux/des forces qui ont construit cette ville. En tête, deux idées : l’emploi, et notamment l’emploi ouvrier et les bas salaires, avec pour objectif de freiner la gentrification liée au prix des loyers, mais également à la sociologie de l’emploi et son évolution, puisque ce sont surtout les agences bancaires, sièges de grands groupes et restaurants qui s’installent un peu partout, dans le faubourg Saint-Antoine et le Marais, entre autres, des tissus historiquement plutôt ouvriers et artisanaux et qui ne cessent de se vider.

Le deuxième enjeu est environemental, on parle beaucoup des voitures et de la lutte pour les chasser du cœur de la ville, mais une bonne part des nuisances viennent de la logistique, puisque 95 % des marchandises consommées dans la capitale y débarquent en camion roulant au diesel.

Les participants à la mission ont travaillé sur ces questions pendant six mois avec une équipe constituée de 15 conseillers de Paris issus de tous les groupes politiques. L’administration parisienne, qui accompagne ce travail a fait de son côté des études bibliographiques, afin de nourrir la réflexion sur l’évolution du contexte. Sont venues ensuite les auditions des personnes et organismes concernés, Ateliers de Paris, Semaest, 80 personnes on été auditionnées en six mois, sur le terrain, sans négliger les nouvelles technologies, la conception et le prototypage assistés par ordinateur, ni les fablabs.

PRÉCONISATIONS
À partir du rapport*, 54 préconisations ont été établies à l’intention de l’exécutif parisien. La première d’entre-elles s’adresse notamment à Olivia Polski, adjointe au commerce et à l’artisanat et concerne la valorisation des métiers d’artisanat et d’artisanat d’art, sachant que Paris compte à peu près 38 000 artisans*, une richesse et une diversité très supérieures à celle qu’offrent les autres capitales européennes. La création d’un label Fabriqué à Paris permettra de mettre en lumière ce travail et créera une dynamique impliquant des “nouveaux” consommateurs conscients de leur pouvoir, et donc responsabilisés.

La deuxième préconisation est la promotion des métiers d’art et de l’artisanat grâce au développement de la formation professionnelle, en réponse à la raréfaction de la “relève”.
Le troisième volet étudie la question du levier foncier et immobilier, la Semaest y joue un rôle fondamental, notamment grâce à un dispositif nommé Vital Quartier, qui au Viaduc des Arts, par exemple, applique des loyers modérés pour permettre à des artisans de continuer à produire à Paris. La RIVP (Régie Immobilière de la Ville de Paris), quant à elle, crée des hôtels industriels, lieux réunissant plusieurs artisans sous le même toit. Rue de Citeaux, par exemple, dans le 12e, à côté du marché d’Aligre, se trouve une plateforme d’innovation qui réunira sous un même toit des artisans et des métiers mettant en action les nouvelles technologies.

HARMONIE
Étonnamment ou pas, il y a autour de ces questions de conservation du patrimoine, d’emploi et d’écologie, unanimité des courants politiques. Il semble que chacun y trouve un cheval de bataille qui convient à son spectre de valeurs. Et la marque de fabrique parisienne incarne pour tous, un élément déterminant du rayonnement de notre pays dans le monde.

LE LABEL
Un cahier des charges a été établi, l’appel à projet est lancé, le jury est en cours de constitution. La Ville de Paris décernera son label Fabriqué à Paris chaque année, dans cinq catégories : artisanat alimentaire, activités de production, artisanat d’art et création, innovation, et coup de cœur des Parisiens. Cinq lauréats se verront décerner un prix de 2.000 euros chacun. Ce sera une première expérimentation, avec les aléas que rencontrent les jeunes aventures. Les années à venir révèleront l’ampleur du mouvement.

QUEL MADE IN PARIS ?*
Des alentours de la place Vendôme et ses ateliers de joaillerie aux recoins des onzième et douzième arrondissements, où l’on trouve, par exemple (rue Basfroi), InCute, boutique atelier de maroquinerie (Karoline Bordas, la créatrice fut résidente aux Ateliers de Paris), ou encore, rue Saint-Nicolas, la Maison Tamboite, qui fabrique des vélos au cadre acier sur mesure, – avec des tubes Colombus, venus d’Italie.
À ce propos, le label Fabriqué à Paris prendra en compte l’idée de transformation, il n’est pas question d’exiger que tout de A à Z, soit fabriqué à Paris, il n’est pas prévu d’implanter de nouvelles aciéries à Paris, ni de minoteries.

PRODUIRE
Sont examinées cependant, les nouvelles façons de produire, facilitées par les machines électriques et électroniques, la robotisation et les fameuses imprimantes 3d. Ces pratiques, très récentes, rendent possible dans une certaine mesure, une réindustrialisation silencieuse et propre de Paris.
 
LOGISTIQUE
Activité extrêmement polluante, tant par ses émissions de Co2 que par le bruit qu’elle engendre, la logistique pourrait également embrasser la tendance, grâce à la motorisation électrique des véhicules, à l’amélioration des revêtements des chaussées et des pneus. La mise en place de nouvelles façons de réaliser ces opérations, la nuit par exemple, et de manière réellement discrète est à l’étude. De plus, le renouveau de la navigation fluviale est dans ce domaine, un point non négligeable.
 
PARIS FUTUR
Les parcs municipaux n’utilisent plus de pesticides, (la loi, votée en 2015 s’applique depuis le 1er janvier 2017) et Paris continue à accueillir les abeilles. C’est environ 600 ruches qui y sont maintenant installées, mais les colonies d’abeilles ont des territoires précis. Il est difficile d’en installer beaucoup plus sans risquer la saturation, disent les apiculteurs, ce qui aurait pour conséquence une baisse graduelle de la production. Les prochains territoires à conquérir se situent autour de Paris.
 
AGRICULTURE
L’aventure a commencé avec une centaine de jardins partagés, dont l’objectif était de faire collaborer les gens et de re-végétaliser la ville, des jardins pédagogiques, quelques vignes. Le succès fut tel qu’il a engendré ce désir d’aller beaucoup plus loin, et si nous n’allons plus à la campagne, pourquoi ne pas installer la campagne en bas, ou au-dessus de chez nous, afin de disposer d’aliments frais, produits à proximité immédiate de notre domicile ?
 
Un appel lancé en 2013 a abouti à la sélection de quinze projets d’agriculture urbaine dont onze portant sur la production de fruits et légumes, et un, sur la production de champignons (de Paris) ainsi qu’un projet de poulailler participatif (le Poulero de Ravel a maintenant plus d’un an d’existence (Paris 12e).
 
On peut imaginer que la production locale fournisse un jour plusieurs marchés parisiens. La Ville de Paris met d’ailleurs en place des expérimentations de halles alimentaires, ainsi qu’une mission de l’Inspection générale sur cette question qui s’inscrit au sein du plan Alimentation durable, récemment adopté par la Ville. De là à reconduire les halles disparues, dans le ventre de paris, il n’y a que quelques pas.
 
Enfin, le choix de consacrer 100 hectares à la végétalisation des murs et des toits de la Capitale dont 30 hectares à la production de fruits et de légumes, nous sommes loin du Paris tout autoroutier rêvé dans les années soixante. Le nouveau Paris sera champêtre, ou ne sera pas.
 
*Tweet de @NicolasBonnetO

*Le Rapport de la MIE Fabriquer à Paris pour relever les défis sociaux et environnementaux. Quelles filières industrielles d’avenir ? en ligne

* Le nombre d’entreprises artisanales a augmenté entre 2013 et 2014, passant de 36.000 à 38.000, source : CCI de Paris.

*Le label Fabriqué à Paris distinguera des produits dont le caractère local du processus de fabrication ou de transformation (Paris intramuros) est avéré. Des produits dont la fabrication ou la dernière transformation ayant abouti à la création d’un produit nouveau a été réalisé à Paris et dont la valeur ajoutée a été majoritairement réalisée dans la capitale.

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