Depuis le choc de la pandémie, de nombreuses voix se font entendre en faveur de la relocalisation en France de quelques secteurs clés, dont le délabrement voire la disparition s’est révélée plus ou moins cruciale. Les avis s’expriment diversement, des commissions se forment et préconisent un certain nombre de mesures.

Voici un panorama de l’industrie française selon David Cousquer, fondateur de Trendeo, l’Observatoire de l’emploi et de l’investissement en France.

Un outil à la fois précis et précieux.
Lorsque je travaillais à l’Agence française pour les investissements internationaux en tant que directeur des études, nous avions conçu un système de veille qui consistait à collecter des informations sur les entreprises étrangères souhaitant investir en Europe. Les gens de notre bureau rencontraient ensuite ces entreprises et leur disaient : « Vous investissez en Europe ? Venez donc le faire en France. » Nous avions ainsi créé une base de données répertoriant les investissements étrangers en Europe, qu’ils soient réalisés en France ou ailleurs, nous suivions les tendances du marché et leur évolution. J’ai voulu ensuite appliquer ce principe au niveau national, et créé en 2009 l’Observatoire de l’emploi et de l’investissement en France. Trendeo1 emploie trois personnes pour sa base France, qui répertorient toute information annonçant un investissement, une création d’emplois, un supermarché qui ferme, un laboratoire de recherche et développement qui s’étend, etc. L’information est structurée de manière à permettre une lecture en temps réel de l’activité économique française. Nous mesurons, malheureusement, depuis le confinement, une baisse des créations d’emploi (la précision de cet outil commençant à 5 unités, ndlr), et depuis le déconfinement une très forte hausse des suppressions d’emplois.

Surplus, pénurie, surplus… l’affaire des masques.
Après les premières alertes causées par la découverte du SRAS2, en 2003, le gouvernement français avait décidé de constituer un stock national d’un milliard de masques (fabriqués en France), malheureusement les commandes de l’état n’ont pas été renouvelées, il y a eu un renoncement progressif aux engagements pris, la production s’est étiolée, puis la dernière usine a été délocalisée, il y a un an et demi, vers la Tunisie. Cette pandémie et la situation inédite qu’elle a créée nous ont cependant permis de découvrir la réactivité de l’industrie textile française, de nombreuses sociétés ont été capables de se mettre à fabriquer des masques à partir de modèles qu’elles ont échangés, certaines sont allées jusqu’à imprimer des masques transparents en 3D. Nous avons vécu là une démonstration de créativité très forte. Autant que le produit nécessaire en temps voulu, il est vital de pouvoir compter, et c’est le cas, sur des gens créatifs possédant des outils de production ajustables et capables en quelques semaines, de répondre à une demande nouvelle et particulière, précise et cruciale. Car aujourd’hui ce sont les masques dont on a manqué, mais demain ?

Pour revenir à l’interview qui vous a fait bondir (Isabelle Méjean : « La relocalisation est une fausse bonne idée », le Monde, 24 mai 2020) le texte est volontairement provocateur et cela n’est pas une bonne chose. Ce que dit Isabelle Méjean est partiellement vrai, au sens où il est moins crucial de relocaliser produit par produit que de produire plus en France, de réindustrialiser, sachant que plus on s’industrialise, plus les outils sont modernes, plus la formation des gens qui les utilisent leur permet de passer aisément d’une production à l’autre, le moment voulu.
Certains secteurs, comme celui de la photo (que nous évoquions avec Lucas Charrier le photographe, ndlr.) ont presque totalement disparu. Angénieux, une ancienne marque lyonnaise de très haute qualité, a produit des objectifs pour la NASA, mais cela fait bien longtemps qu’ils ont évolué du modèle de masse à la très petite série de très haute technologie jusqu’à être rachetée par Thalès, tandis qu’Olympus, très bon dans le médical, a su, et c’est vital, préserver sa production grand public (le rachat de la division photo d’Olympus par un fonds a été annoncé depuis, mais la production grand public devrait se poursuivre). Le phénomène est malheureusement assez fréquent en France.

Pourtant, vous évoquiez, lors d’une audition à l’Assemblée Nationale le fait que la solution ne se trouve pas nécessairement dans les bas prix, mais plutôt dans le haut de gamme.
C’est à moduler, le terme « haut de gamme » recouvre plusieurs notions et types de produits différents. Chez Airbus, par exemple, il s’agit de l’excellence des compétences technologiques, tandis que chez Hermès, d’un savoir-faire et de sa préservation. Mais citons une entreprise comme Bic, qui réalise 60% de sa production en France. Un stylo Bic se positionne en entrée de gamme, mais l’entreprise produit elle-même une bonne partie de ses machines : dans ce cas, nous avons à faire à du haut de gamme qui se manifeste dans le process de production. Les coûts demeurent assez bas et ainsi Bic reste compétitif. La capacité à conserver une production de masse ou, au minimum, à sortir des niches confidentielles, est indispensable, afin de préserver un volume d’emplois industriels satisfaisant. Les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique ont su la conserver, mais nombreux sont les secteurs comme le textile par exemple, qui doivent la retrouver. Dans ce dernier secteur justement, ces dernières années, de nombreuses marques renaissent, ou même se lancent, affichant un positionnement plutôt haut de gamme, l’enjeu réside dans leur capacité à prendre également position sur des marchés plus larges.

Sachant qu’un désir de durabilité et de qualité sont exprimés ?
Outre la qualité et la durée de vie, l’implantation de la production est un argument de plus en plus pertinent. Indépendamment de la question du made in France, le fait qu’un produit n’ait pas traversé la moitié de la planète, en polluant avec des bateaux, des avions, des camions, est un élément positif.

Un circuit court réduit-il les coûts ?
Oui, d’une certaine façon, ce qui plaide en faveur du développement de marques réellement « locales » de bout en bout.

Le groupe Mulliez promet de fabriquer dans les Hauts-de-France des t-shirts, puis des jeans, et de les vendre au prix de ceux qu’il produit en Asie : comment va-t-il s’y prendre ?
Il va sans doute automatiser, faire de la découpe au laser, le prix sera un peu plus élevé que celui des vêtements qu’il importe, mais si l’entreprise communique et vante sa production locale, l’équation sera résolue : durable, local, made in France et abordable. Un autre sujet, les montres, vous n’en aurez sans doute plus jamais qui soient 100% françaises, tant qu’il n’y a pas de mouvement français.

Mais quelle est leur pertinence, aujourd’hui, n’est-elle pas uniquement statutaire ? David Cousquer me montre sa jolie Depancel Auto 3H, tandis que j’exhibe mes poignets nus, et lui désigne ceux du jeune Lucas Charrier, le photographe, également nus.
Pas uniquement, parce que finalement, le téléphone est soit utilisé, soit inaccessible, au fond d’une poche ou d’un sac. J’aime ce geste ancien qui consiste à jeter un coup d’œil à son poignet, et la montre qu’il révèle. Ce type de secteur demanderait à ce qu’une partie de la filière soit recréée, pour être développé, de même que pour les appareils photos et caméras, tandis qu’en ce qui concerne le textile, nous disposons d’à peu près tout les maillons de la chaîne. Reste à les renouer.

Le lin, par exemple, qui, à la faveur du confinement, n’a pu être exporté en Chine.
C’est un cas d’école, tout à fait absurde, et pourtant… Le lin mondial est produit à 80 % en France, puis il part en Chine, et nous revient sous forme de produit fini, le pire est que nous produisons également les machines qui servent à le tisser.

Que voit-on à ce sujet chez Trendeo ?
Avant le confinement, l’emploi poursuivait son développement dans l’industrie qui cesse d’être le parent pauvre de l’économie française, mais d’autres sujets d’inquiétude s’annoncent, notamment la raréfaction des points de vente, centres commerciaux et autres. Le secteur continuait à générer des emplois en 2009, au plus fort de la crise, tandis que l’industrie allait mal, puis l’an dernier, la tendance s’est inversée et s’accélère depuis le confinement, compensée en partie par la montée de la logistique, due au boom de la vente à distance.

Le confinement a eu des impacts différents selon les secteurs. Il a brisé des secteurs qui ne présentaient pas de problèmes majeurs, comme celui de l’aéronautique ; tandis que dans le commerce, il a accentué un mouvement déjà amorcé, Conforama et les autres étaient déjà en difficulté, concurrencés par les géants de la VAD. En résumé, l’industrie française va mieux depuis deux ou trois ans, le point délicat étant que notre production de machines-outils est sous-développée, sous-robotisée, en comparaison avec l’Allemagne ou l’Italie. Ainsi nos capacités d’innovation et d’adaptation sont plus limitées. Au Japon, le phénomène fait partie de la culture populaire : le robot est le onzième salarié, c’est-à-dire que dans les usines japonaises, il y a un robot pour dix salariés.

Pourquoi un emploi industriel en génère-il plus que les autres ?
On admet généralement que 2 à 3 emplois sont induits pour chaque nouvel emploi industriel, en marketing, distribution, gestion administrative interne, etc. Dans l’industrie, la valeur ajoutée est en générale plus forte, et confère à ce secteur une capacité à entrainer plus de monde derrière elle.

L’aéronautique bat de l’aile, adieu l’A380, mais, et la lune – que le monde entier se dispute ?
Je vais me montrer un peu conservateur, mais nous avons malheureusement mis de côté les politiques gaulliennes ou celles de l’Amérique des années Kennedy, porteuses de grandes ambitions technologiques, comme la conquête spatiale, par exemple. Les marchandages du 20 juillet sur les budgets européens de relance ont eu pour conséquence directe le sabrage des budgets de défense et de recherche de l’union européenne ; actuellement, plus aucun grand programme de recherche technologique ne mobilise sur ce type de projet. À ce propos, Mariana Mazzucato, une économiste italienne qui enseigne au Royaume-Uni a publié un livre très intéressant dont la traduction française sort à la rentrée, intitulé L’État entrepreneur : Pour en finir avec l’opposition public-privé3 ; elle y démontre qu’une bonne partie des technologies actuelles, dont celles qu’utilise l’Iphone, par exemple, sont le fruit de recherches liées aux programmes spatiaux, financées par des organismes publics (Ministère de la défense américain, DARPA plus précisément, pour Internet, NASA…)

Plus ou moins d’état ?
Le débat est sans fin, j’ai tendance à penser que le marché cherche spontanément à optimiser des produits déjà disponibles en évitant les bouleversements technologiques majeurs, sources de surcoûts à court terme, tandis que l’état, via l’établissement de nouvelles normes, de commandes publiques et le soutien à la recherche – sans horizon de rentabilité immédiate – donne l’impulsion des changements de génération technologique et accompagne les transitions qui y mènent. On trouvera cependant toujours des cas de myopie publique et de vision à long terme privée, mais c’est également une question de sociologie, les pays sont traversés par des traditions, voire des époques, plus ou moins interventionnistes. Jean-Louis Beffa, dans « la France doit choisir », montrait bien que les modèles de relation entre public et privé sont très divers, mais existent partout. On ne peut nulle part faire une croix sur le rôle du secteur public.

Nous vivons un abandon des grandes ambitions technologiques qui, si elles ne présentent pas un intérêt directement profitable, bénéficient à tout le monde en générant des retombées universelles, génératrices de croissance ; sujet délicat, à contre-courant du désir de décroissance, qui vient compliquer d’un degré encore l’équation économique. Sauver l’emploi tout en décroissant c’est élever encore la barrière.

Produire mieux avec moins.
La question des machines et des technologies révèle ici toute sa pertinence : plus les machines sont modernes, plus elles sont efficaces et économes en énergie, moins polluantes, etc. On peut parler plus facilement de croissance verte, et locale, quand les machines sont plus petites et plus flexibles et conçues pour utiliser au maximum des ressources renouvelables.

Un balayage rapide du paysage industriel français.
Certains secteurs font preuve d’une remarquable stabilité, ce qui explique que l’on en parle peu. L’industrie du champagne occupe beaucoup de monde, mais ne connaitra a priori pas de boom spectaculaire, étant géographiquement très délimitée. C’est aussi, au passage, l’intérêt des labels et appellations qui offrent une protection très importante pour ces industries locales. La France possède enfin de nombreuses régions ayant leur « niche », des spécialisations locales relativement stables. Ces dernières années, le secteur de l’aéronautique a beaucoup bénéficié à la région de Toulouse et à celle de Saint-Nazaire, où sont fabriqués en grande partie les composites ; l’aéronautique de défense se développe plutôt à Bordeaux, tandis qu’à Nantes, se sont implantées de nombreuses SSII<sup>4</sup> ou ESN (entreprises de services numériques), du fait de la relative proximité avec Paris. Les régions qui étaient très « automobile » ont beaucoup souffert, à commencer par la région Île-de-France, qui fut longtemps très industrielle, aspect un peu oublié depuis sa focalisation sur le tertiaire supérieur. La Franche-Comté a aussi relativement pâti du recul de l’industrie automobile, notamment chez PSA. La région a une tradition d’excellence dans la micro-mécanique. Les malheurs de l’automobile sont en partie liés aux difficultés du secteur, mais aussi à des questions de management. Dans le Nord, si l’on observe Toyota sur la décennie 2009-2019, l’emploi a plutôt progressé, cela tendrait à prouver qu’une production de moyenne gamme est possible et rentable en France. Il n’existe donc pas de fatalité qui obligerait à supprimer des emplois dans l’industrie automobile française. Toyota a peut-être des chaînes de production plus automatisées et des relations sociales spécifiques, avec une priorité plus forte à l’emploi stable, il faudrait entrer plus profondément dans les histoires des marques et leurs stratégies respectives.

En 1999, lorsque j’ai commencé ma carrière à la DATAR5, le Nord et l’Est constituaient les deux fleurons économiques de la France, l’industrie y était florissante, mais l’Est, qui accueille un peu de biotech autour de Strasbourg, a plus souffert du déclin de l’industrie automobile que le Nord qui bénéficie de la présence des sièges des grands groupes de distribution. Mulliez, Décathlon et autres ont investi, soit au siège, soit dans la recherche et le développement. Il est aussi probable que le passage de l’Eurostar a privilégié Lille par rapport à Strasbourg, Nancy, ou Metz, qui ont tenté de se positionner sur le secteur des loisirs et du tourisme, avec la fragilité que traverse ce secteur. Il semble que l’usine de Hambach (que Daimler tente de vendre à Inéos) continuera à produire des automobiles, des 4×4 britanniques à la place de la Smart.

Sur ce thème des reprises d’entreprises, celles qui cherchent actuellement des repreneurs, en phase de crise du COVID, sont soit victimes d’une baisse des ventes qui s’annonce durable, soit en difficulté depuis assez longtemps, tandis que les repreneurs potentiels, aux prises avec ces circonstances exceptionnelles, sont eux-mêmes occupés à la restructuration de leurs acquis plutôt qu’en quête d’opportunités. La situation risque donc de continuer à se complexifier partout ou des entreprises étaient déjà en difficultés avant mars.

La région de Marseille bénéficie d’un effet métropole et le numérique s’y développe sous forme de start-ups technologiques autour du campus de Luminy ou  à Aix autour de la technopole de l’Arbois. A Sophia Antipolis on trouve les centres de recherche et de développement de grands groupes mais aussi des investissements importants par Amadeus sur la réservation en ligne. Autour de Fos-sur-Mer, des projets liés à la chimie, au raffinage ou à la production d’énergie. La région Rhône-Alpes est très riche de filières très diverses, notamment grâce aux textiles techniques comme Thuasne ; de la micro-électronique à Grenoble, un peu de chimie, de la pharmacie. Des ETI comme Thuasne, c’est très bien, mais c’est moins emblématique qu’Airbus. Il manque parfois à une région un grand groupe facile à identifier.

Le Massif central
Michelin demeure un géant local, avec un siège mondial resté en région ; signalons chez la société auvergnate, une volonté de diversification et d’innovation à travers trois joint-ventures : avec Fives pour l’impression 3D, Sigfox pour le transport intermodal (/) et Faurecia pour la pile à hydrogène.

La rentrée
C’est assez flou, la crise, qui a frappé d’abord l’offre, en bloquant la production, est devenue crise de demande. Les gens dépensent moins, sortent peu, épargnent, manifestent un manque d’appétence et une inquiétude qui créent une autre sorte de deuxième vague, tout aussi inquiétante et critique pour les entreprises, avec risques de plans sociaux qui apparaîtront en septembre, ou octobre. Il faut parvenir à sortir de ce climat d’incertitude et d’angoisse générale assez rapidement. Les incertitudes médicales n’aident évidemment pas.

Les plans sociaux à plusieurs centaines d’emplois qui s’annoncent sont à la taille de ceux que l’on voyait en 2009, ils étaient devenus rares, à l’exception de secteurs comme la banque, qui depuis plusieurs années, amorce une restructuration de long terme. Un réseau d’agences tel qu’on le connaît a peu de sens face à la concurrence du numérique, mais la mutation du secteur est restée discrète, les banques ont les moyens de financer des plans sociaux confortables, il s’agit plus d’une gestion de l’évolution. Tandis que l’industrie voit maintenant poindre des plans à 500, 1000, 2000 salariés en moins (en France), principalement dans l’aéronautique et l’automobile, dans une moindre mesure, espérerons que cela ne se poursuive pas en septembre.

Que faire ?
Le plan – de 40 milliards d’euros de subventions annoncé le 20 juillet – est le type d’annonce susceptible d’encourager les gens à ressortir de chez eux et à rassurer. De mémoire, le plan Sarkozy, en 2009, s’élevait à une centaine de milliards d’euros, c’est à peu près la somme à laquelle nous arriverons avec l’argent que l’état injectera, financé par une hausse du déficit. Dans l’immédiat, ce qui compte, c’est de ne pas sombrer, on verra ensuite comment rétablir le budget.

Industries émergentes.
L’un des enjeux de la crise actuelle consiste à voir l’impact du COVID mais également les tendances de fond qui préexistaient. Par exemple l’évolution du parc automobile traditionnel vers l’électrique.

À ce propos, il est dommage que la nouvelle Citroën Ami soit produite ailleurs (au Maroc), ou la DS9 (en Chine).
Au cours d’un déjeuner avec un industriel assez haut placé, ce dernier évoquait une raideur certaine des constructeurs français qui peut les inciter à préférer travailler dans des pays aux relations sociales restées très hiérarchisées. L’exemple de Toyota, une fois encore, démontre que la nouvelle Ami aurait très bien pu être construite ici.

La volonté de produire en France est vitale, mais c’est aussi une question d’image et un combat culturel, nous devons créer un attrait pour les métiers industriels depuis trop longtemps délaissés. L’industrie rencontre encore trop de difficultés à recruter et à former, dans un secteur en déficit d’image. En 2018 est née l’Usine extraordinaire6, une fondation qui part du constat suivant « En 2017, pour la première fois depuis presque dix ans, la France a ouvert plus d’usines qu’elle n’en a fermées » – c’est d’ailleurs une donnée établie par Trendeo. L’exposition de novembre 2018 au Grand Palais montrait entre autres, de petites unités de production et traçait les grandes lignes des nouvelles orientations environnementales, sociales et technologiques de l’industrie. C’est exactement le genre d’initiative vertueuse que nous devons encourager, l’industrie est un tout, et la formation en fait partie. L’hiver dernier, le projet s’est transporté à l’Élysée sous la forme de La Grande Exposition du Fabriqué en France.

Il est vrai qu’une vague d’enfants de cadres ayant fait des écoles de commerce suit un cheminement inverse et décide de partir en province, ouvrir des boulangeries, se lancer dans la permaculture, un mouvement similaire à celui qui vit son apogée dans les années 70. Je ne connais pas l’ampleur de cet engouement, mais il est certain que l’un des enjeux de l’attractivité de l’industrie passera par la preuve que la créativité et l’indépendance y ont leur place, ni plus ni moins qu’ailleurs, et qu’une véritable qualité de travail y est possible.

Drones, énergie, batteries
De nouveaux marchés de masse apparaissent dans l’industrie, sur lesquels la France doit se positionner. Les drones, aussi mal aimés soient-ils, en raison principalement de leur utilisation militaire, portent les enjeux d’un marché de masse et d’applications moins hasardeuses que les expériences tentées par Amazon, notamment pour des compagnies comme EDF. Ces oiseaux robotiques contrôleront le bon état de dispositifs habituellement inaccessibles, tandis que leur surveillance des champs, puis l’analyse des images déterminera pour les agriculteurs et en temps réel, quelle parcelle a besoin d’eau, quelle autre est prête à être récoltée ; en, bref, de très nombreuses tâches de surveillance de zones sensibles ou à risque. Autre exemple, avec le boom des énergies renouvelables, les gens produiront de plus en plus d’énergie, géothermie, panneaux solaires, dont la particularité est qu’elles sont irrégulières, la batterie de la maison permettra de stocker cette énergie, comme elle permettra de faire avancer des véhicules électriques. Tesla s’est positionnée sur ces deux secteurs.

L’aventure du solaire français.
C’est l’exemple typique de ratage dû à l’absence de politique industrielle volontariste, ou gaullienne. Dans les années 60, nous aurions procédé ainsi : les écoles et les mairies de France auraient été équipées de panneaux solaires, à perte, avec des productions par des groupes nationaux, et 10/15 ans plus tard, l’aventure serait devenue rentable. Au lieu de cela, on a subventionné la demande privée, tout en restant neutre du point de vue industriel. Résultat, les panneaux ont été importés de Chine. Menée ainsi, en deux ans, l’expérience s’est révélée complètement ruineuse et n’a créé que très peu d’emplois. En réaction, le tarif de rachat de l’électricité solaire a baissé et la filière s’est presque totalement effondrée – il semblerait cependant qu’un léger mieux se profile. Nous gagnerions à ce que l’état soit un peu moins réticent à mettre la main directement dans le moteur et conditionne son aide à des productions locales, quitte à être accusé de distordre la concurrence.

Notes.
1. Trendeo compte parmi ses clients des cabinets de conseil, banques, fédérations professionnelles, avec une approche plus sectorielle ; des acteurs du monde de l’emploi (Adecco, Secafi, l’Apec…) et des collectivités territoriales. L’accès à la base de données de Trendeo coûte environ 8000 €/an.

2. SRAS. Syndrome respiratoire aigu sévère, apparu en 2002 et causé par un virus appartement à la famille des coronavirus dont les propriétés navaient jamais été observées auparavant, le SARS-CoV-1, celui auquel nous avons à faire actuellement est le SARS-CoV-2.

3. Mariana Mazzucato. L’État entrepreneur. À paraitre le 16 septembre 2020 chez Fayard.

4. SSII : société de services et de l’ingénierie en informatique

5. La Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale, créée par Charles De Gaulle et Georges Pompidou.

6. L’usine extraordinaire.