Tu brûles (La flamme, Plaisir de France, feat. Barbara Carlotti )
Nous brûlons d’un feu intérieur qui nous nourrit, nous emporte et nous consume simultanément, le feu nous réchauffe, il nous réduit en cendre ; c’est l’allégorie du temps. 

Ces 5 dernières années, nous avons assisté impuissants, à un embrasement du monde, tant réel que symbolique : les mouvements sociaux embrasaient les ronds-points de France et les avenues de la capitale, le Fouquet’s a brûlé aussi bien que les immeubles vétustes de Marseille et Paris, dont la combustion terrible décimait des lieux de vie, de culte et des êtres vivants. Incendies en Amazonie, jusqu’aux collines de Californie, sud de l’Australie, Asie. Les forêts de Sibérie ont brûlé sans que les pompiers ne parviennent à vaincre les flammes. Sècheresse, dérèglement climatique, des millions d’hectares ont brûlé, jusqu’à la cathédrale Notre-Dame de Paris, la puissance divine elle-même échouant à nous protéger, nous avons créé notre propre brasier et tout s’enflamme, jusqu’à nos cœurs en manque d’amour. C’est normal, chantent Brigitte Fontaine et Areski Belkacem.

J’ai écrit cette chanson, La Flamme, sur l’instrumental de Plaisir de France, en écho à tout ce qui brûlait en nous et autour de nous. Je me suis imaginée en chef d’une brigade de sapeurs-pompiers pyromanes, faisant feu de tout bois. 

Flammes, le film
Adolpho Arrieta, l’un des très grands pionniers du cinéma indépendant, a réalisé cette œuvre merveilleuse intitulée Flammes. Le film, sorti en 1978 (puis dans un nouveau montage en 2013, ndlr) m’a sans doute beaucoup influencée, il y est question de désir et de fantasmes enfantins, et il se trouve que son héroïne incarnée par Caroline Loeb porte le même prénom que moi, Barbara. Voici le souvenir que j’en garde : Barbara, petite fille, vit dans une vieille maison de campagne avec son père et sa préceptrice. Une nuit, elle rêve qu’un pompier entre par la fenêtre de sa chambre. Devenue jeune femme, Barbara échappe à son père en faisant le tour du monde, pour enfin revenir à son point de départ. Elle y renoue avec ses vieux rêves d’enfant. Puis un jour, en proie aux flammes qui la rongent, elle appelle les pompiers, capture l’un deux dans sa chambre et s’enferme avec lui pendant plusieurs jours.
Nous rêvons tous d’être sauvés des flammes de notre enfer intérieur, n’est ce pas ?

« Le feu déclenche parfois le vent » (Voir les étoiles tomber, Barbara Carlotti)
À marcher seule sur le volcan, les pieds sur les braises, notre cœur se soulève, emporté par un vent nouveau. C’est une chanson d’espoir et de révolte intérieure :

J’ai trop de feu, trop de violence
Trop d’énergie, trop de désirs
Trop de peurs
Trop de mouvements contraires, trop d’agitation

Mais au fond, tant que le feu brûle en nous, nous sommes sauvés et vivants. 

Quatorze ans*, les feux précoces de l’amour
Premières étincelles du désir, les feux follet dans les cimetières, la curiosité d’aller danser dans les lumières nocturnes, le mystères des lueurs lointaines, approcher les braises, marcher dessus, danser dans les flammes. 
« Les cendres encore brûlantes des batailles adolescentes » chante Nikolas Ekla, mon chanteur belge préféré. 

Incendies
J’avais douze ans, le feu a pris aux alentours de Poggio di Venaco, mon village, en Corse, il s’approchait inexorablement et commençait à lécher les murs des bâtisses, la frayeur et la fascination nous possédaient, devant son caractère vivant et incontrôlable, c’est un souvenir ineffaçable. Nous avons fini par fuir, tandis que les Canadairs faisaient la ronde dans le ciel et sauvaient les maisons des flammes. 
J’ai eu la chance merveilleuse d’être invitée à reconsidérer ce rapport au feu grâce au film Sans feu ni flammes (https://vimeo.com/124120670), que Lætitia Carlotti, ma sœur, a réalisé avec Jean Froment sur les sentiers coupe-feu en Corse, et pour lequel j’ai écrit la musique.

La brûlure des mots d’amour
L’amour est le feu le plus puissant, le plus dévorant, le plus ravageur, celui qui nous fait exister à très haute intensité. Il suffit d’une étincelle, comme le chante Etienne Daho. 

« Au fond de nous l’étincelle
Invisible à vos yeux
Cet éclat vénéneux,
Des perdants silencieux

Au fond de nous l’étincelle
Dans le calme orageux
Cet éclair dangereux
Des héros silencieux** » 

Chanter le feu des autres, Message personnel (Françoise Hardy) et Madame rêve (Alain Bashung)
Dans Madame rêve, les métaphores se déploient et dessinent un royaume du plaisir physique et de l’apesanteur, le feu, une fois encore est bien là, au bas « d’une fusée qui l’épingle » et dans « les foudres et les guerres », Quant à Message personnel, c’est assez indépassable, je l’adore et je ne pense pas qu’on puisse imiter une telle facture, qui appartient en propre à Françoise Hardy et sa mélancolie légendaire. 
Jusqu’ici, j’ai beaucoup utilisé les métaphores, mais les feux de l’amour ont souvent ce caractère trivial, comme dans la série mythique du même nom, il est par conséquent assez délicat d’exprimer avec sincérité ses feux souvent éphémères, à l’échelle humaine. Le feu est plus grand que nos existences, le mystère domine. En voici ma version : Feu.
De quel feu briserai-je demain  ? 

Feu, astres, attraction
Le feu cosmique, le grand soleil, notre boule de feu existentiel, passion cosmique pour les astres. J’ai créé Cosmic fantaisie, une émission diffusée sur France Inter dans laquelle j’explorais notre galaxie, le corps céleste de la musique ainsi que notre addiction au feu (à découvrir ou réécouter ici.  
Nous restons dans le désir infini et inassouvi de connaître les mouvements secrets des astres. La chanson de Bonnie Banane, Le soleil et la lune, parle très bien de ce désir là.  

Femmes en feu en films
La fiancée de Frankenstein prend feu dans le Frankenstein de Kenneth Branagh 
C’est le dernier film dans lequel j’ai vu une jeune femme en feu.

Combustion
Je suis fascinée par l’idée de combustion spontanée, un phénomène inexpliqué et mystérieux qu’il conviendrait d’étudier en profondeur en écoutant le titre La Flamme.
La combustion humaine spontanée désigne un phénomène qui se manifeste par l’apparition de flammèches ou de flammes sur des personnes vivantes, ou encore, la découverte de corps totalement ou partiellement réduits en cendres, sans cause apparente, dans un lieu épargné par les flammes. D’assez nombreux témoignages, rarement vérifiables, sont relatés un peu partout dans le monde depuis le XVIe siècle. Plusieurs tentatives d’explications sont avancées, dont des accidents ayant provoqué un « effet de mèche » entraînant la combustion lente des graisses contenues dans le corps. Dans le Dictionnaire de médecine usuelle (1849), le docteur Lagasquie décrit ces phénomènes ainsi : « Accidents rares, mais avérés, dans lesquels, avec ou sans la présence d’une matière quelconque en ignition, le corps humain, plein de vie et de santé, s’enflamme, se brûle partiellement ou se consume en presque totalité ».

Notes
*Quatorze ans est une comédie musicale réalisée par Barbara Carlotti, sortie en 2019.
** L’étincelle, Etienne Daho.